Entre l’Autriche et l’Italie, un col mythique s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Sous les montagnes du Tyrol, les foreuses creusent sans relâche ce qui deviendra le plus long tunnel ferroviaire du monde : le Brenner Base Tunnel (BBT).

Un projet pharaonique de plus de 10 milliards d’euros, censé révolutionner le transport à travers les Alpes. Chaque année, plus de 2,5 millions de camions franchissent le col du Brenner, principal passage entre l’Europe du Nord et du Sud, résultat : embouteillages, pollution et nuisances sonores qui exaspèrent les habitants des vallées alpines.
Pour désengorger cet axe saturé, l’Union européenne a décidé de miser sur le rail. Le tunnel du Brenner, pièce maîtresse du corridor Scandinave-Méditerranéen du réseau transeuropéen de transport (RTE-T), doit permettre de transférer une grande partie du fret routier vers le train.

Un monstre d’ingénierie sous la montagne: Long de 64 kilomètres, le tunnel reliera Innsbruck, en Autriche, à Fortezza, en Italie. Deux tubes parallèles accueilleront les voies ferroviaires, reliés par une galerie centrale utilisée pour la sécurité, la ventilation et la maintenance.
Les trains de passagers pourront y filer à 250 km/h, tandis que les convois de marchandises atteindront 160 km/h. À terme, le trajet Munich-Vérone devrait passer de 5 heures à moins de 3 heures.

Creuser sous les Alpes n’a rien d’une mince affaire, le chantier, lancé en 2008, mobilise plus de 3 000 ouvriers et plusieurs tunneliers géants, près de 250 kilomètres de galeries seront forés au total, une prouesse technologique, mais aussi écologique.
Derrière cette infrastructure colossale se cache une ambition verte : réduire les émissions de CO₂ dans l’une des régions les plus fragiles d’Europe. Selon les projections, le BBT permettra de faire disparaître plusieurs centaines de milliers de camions de la route chaque année, pour les habitants du Tyrol et du Haut-Adige, c’est la promesse d’un air plus pur et d’une circulation apaisée.
Mais certains écologistes s’interrogent : le coût environnemental du chantier lui-même, dynamitage, béton, consommation énergétique, ne vient-il pas tempérer ces bénéfices à long terme ?

Le tunnel devait initialement être achevé en 2028, mais les délais ont glissé, entre contraintes géologiques, coûts en hausse et débats politiques, la mise en service est désormais prévue pour 2032, malgré tout, les autorités autrichiennes et italiennes se montrent confiantes : plus de 80 % du percement serait déjà terminé.
Le tunnel du Brenner n’est pas qu’un projet de transport, c’est un symbole, celui d’une Europe qui investit dans la mobilité durable, la coopération transfrontalière et l’intégration économique. Dans une décennie, lorsque les premiers trains s’élanceront sous les Alpes, le vieux col du Brenner, théâtre de tant de passages historiques, deviendra peut-être le nouveau cœur battant du rail européen.
D. MARINO


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