1962: A LA GARE DE LYON, le voyageur à la page n’attend plus son taxi

Voici vos deux couchettes pour le train 18 de jeudi, monsieur et, à présent, sans doute voulez-vous un taxi à l’arrivée ? (Me proposez-vous 100 mètres de file d’attente et 40 minutes de patiente résignation?)(Absolument pas! Si vous le désirez, un taxi vous attendra à la descente même du train et vous conduira ainsi, sans la moindre perte de temps, au terme de votre voyage).

Ici, c’est le taxi qui attend le client, et non l’inverse.

A peu de choses près, cette petite conversation pourrait se dérouler dans n’importe lequel des bureaux de location d’une de nos grandes gares du Sud-Est ou de la Méditerranée et, pour obtenir cet avantage indéniable qu’est la mise à disposition immédiate d’un taxi à la gare de Lyon, il n’en coûte que 2 modestes francs (nouveaux bien entendu) au voyageur (à la page) S’agit-il d’une innovation ? Pas tout a fait ; les taxis réservés vont avoir deux ans, ce qui permet de dire que cette nouvelle forme du service-client est sortie des balbutiements de l’enfance.

A la G7. rue de Bercy, un des chefs de garage prépare la commande des chauffeurs pour le lendemain.

Est-ce une création originale ? Pas davantage, car la réservation des taxis est un procédé courant dans un certain nom-bre de villes étrangères, notamment à Londres. Mais quand on sait avec quelles difficultés, Il est possible d’obtenir une voiture de place aux heures d’affluence au sortir des grandes gares parisiennes, il est évident que l’institution répond à un besoin.

Comment, dans la pratique, cette organisation fonctionne-t-elle. Il faut d’abord savoir qu’un contrat a été signé dans ce but avec la compagnie de taxis G7, qui s’engage à fournir quotidiennement, à la demande de la S.N.C.F., entre 5 h 30 et 16 h, un maximum de 150 véhicules prélevés sur le parc de Bercy, un des cinq garages de la compagnie.

Le ticket de réservation qui met à la disposition du voyageur un taxi G7

De son côté chaque jour, la S.N.C.F. fait connaitre à la G7 le nombre de taxis dont il lui faudra disposer le lendemain à chaque arrivée d’express. C’est uniquement en louant sa place dans le train qu’un voyageur peut demander, du même coup, la réservation d’un taxi à l’arrivée. Les gares les plus importantes comme Marseille, Lyon, Grenoble, Annecy, Nice(une douzaine environ), qui disposent d’une petite tranche de taxis réservés, à l’intérieur du contingent global, transmettent leurs demandes de réservation une seule fois par jour – le matin pour le lendemain – au central-location de Paris-Lyon et les autres gares au fur et à mesure des demandes.

C’est de ce central, après établissement d’un diagramme et répartition des demandes en fonction des heures d’arrivée que sont communiqués à la Compagnie des taxis G7 les besoins du lendemain. Côté voyageurs, tout se passe sans plus de formalités. Muni de son ticket de réservation, le voyageur emprunte une sortie réservée située sous le tableau d’affichage des trains à l’arrivée et monte dans la voiture de place qui l’attend à l’intérieur de la halle à bagages.

Avec le ticket de réservation, le voyageur organisé évitera ceci.

« Simple, n’est-ce pas, et apprécié du voyageur bien  » organisé qui évite ainsi de faire queue interminablement auprès d’autres, imprévoyants ou plus mal informés. Une formule aussi intéressante a-t-elle beaucoup de succès ? Voici ce que m’a répondu à ce sujet l’un des dirigeants du central-location: Faire réserver un taxi n’est pas encore entré dans les mœurs des Français. On n’y pense pas. Néanmoins, les résultats sont de plus en plus encourageants et la moyenne du mois d’octobre (35 réservations quotidiennes) est en nette augmentation sur celle des mois précédents. On peut donc bien augurer de l’avenir de ce nouveau service que la S.N.C.F. met à la disposition de ses clients et il faudra sans doute un jour étendre l’expé-rience de la gare de Lyon aux autres grandes gares parisiennes.

Ce qui soulèvera maints problèmes- notamment pour disposer de voitures de place en nombre suffisant mais contribuera sans nul doute à conserver au chemin de fer sa réputation de moyen de transport moderne pour clients modernes.

Gérard Piot

source: LVDR du 2 décembre 1962

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