UN FIDÈLE CLIENT DE LA SNCF: 1955 Roger Marche, capitaine de l’équipe de France de football

Non loin du dépôt de Mohon (Ardennes), centre d’accueil des (monophasées) de Valenciennes-Thionville, et près de la petite gare de Mohon lon-gue et blanche, existe une place publique ornee du traditionnel kiosque à musique . A un angle de cette place, une enseigne au néon attire le regard: Café des Sports ; cette affirmation est soulignée par la sil-houette lumineuse d’un footballeur, balle au pied… Entrons faire la connaissance du propriétaire qui n’est autre que Roger Marche, arrière gauche de l’équipe du Racing club de Paris et capitaine de l’équipe de France.

La presse sportive a bien entendu baptisé Marche (le sanglier des Ardennes), compte tenu à la fois de son origine et de sa ténacité sur le terrain. Ardennais? je le suis… et de pure souche. Né le 5 mars 1924 à Villers-Semeuse, commune voisine, je descends d’une vieille famille ardennaise où le ballon rond fût toujours très honoré. Sur onze enfants : six garcons, cinq filles, six footballeurs, cinq basketteuses, et c’est pour cela qu’on se plait à dire: ici dans la famille Marche, les enfants viennent au monde avec un ballon!… J’ai commencé à pratiquer le ballon rond à 12 ans et demi; j’ai continué au sein de l’Association Sportive des Cheminots de Mohon. En dehors du ballon, je travaillais à l’usine : l’Estampage de la Vence. 1944, fût l’année cruciale; cette année-là, j’ai été cheminot durant trois semaines au dépôt de Mohon, avant de gagner Reims où j’ai fait mes débuts dans l’équipe professionnelle du Stade équipe à laquelle j’ai appartenu jusqu’en 1953, et que j’ai quittée pour joindre les rangs de celle du Racing Club de Paris… Tandis que Marche nous raconte ses débuts, un gros chien-loup vient frotter ses oreilles aux genoux de son maitre. La porte s’ouvre rapidement, un grand jeune homme brun passe la tête et crie, interrogateur : Entendu pour deux heures, Roger?

Marche est un gaillard de 1m 74, 78 kgs, sous le pull-over à larges mailles, se dessinent d’imposants pectoraux et le pantalon de toile moule deux cuisses que nauraient pas dédaigné Rodin pour modeler son (Heraklès archer). Le visage mat laisse saillir maxil-laires et pommettes que domine un large front. Deux yeux verts éclairent ce faciè sanguleux d’athlète en pleine forme.

-Entendu! La téte disparaît. Mon compagnon d’entraînement, ajoute Marche. C’est un Jeune cheminot du triage de Lumes, Négro, qui me tient compagnie quand J’effectue mes douze kilomètres quotidiens travers champs. Habitant Mohon et pratiquant a Paris, je m’entraine ici. Mon entrainement est du reste fort simple, méthode Hébert a outrance marche, course à travers la campagne et les bois, franchissement de haies, fossés, etc, et tout cela pour lutter contre l’augmentation de poids, ennemi no 1. Aussi je mets tout en œuvre pour m’en préserver : beaucoup de légumes et de fruits, régime alimentaire strict, repas léger le soir…

-Bien entendu, pas d’alcool ? -Oh! pas d’alcool, seulement un verre de vin à chaque repas. Quant a la cigarette, c’est pour moi chose inconnue. Après avoir jetec un coup d’œil sur son fils Frédéric (dit Freddy), qui, avec application, façonne un ballon à l’aide de pâte a modeler, Roger Marche enchaine: -En 1946, je fus pour la première fois sélectionné dans les rangs de l’équipe de France lors d’une rencontre avec l’équipe du Portugal. Depuis les sélections se sont succédées: quarante-six, ce qui me met a egalité avec mon (ancien) au poste d’arrière de l’équipe nationale d’avant-guerre, le Sochalien Emile Mattler. Depuis ma 21e sélection, j’assume également le role de capitaine de l’équipe tricolore… C’est sous le maillot bleu frappé du coq que jai joué au Portugal, en Grande-Bretagne, en Norvège, en Hollande, en Allemagne, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Suisse, en Yougoslavie, en Italie, en Suede, et, tout récemment, en U.R.S.S.

Marche jette un coup d’œil inquiet à son fils qui, las de modeler sa sphère de pate, s’en prend aux oreilles du chien. Et voilà mon fils : cinq ans. Sa maman est une ex-basketteuse de l’équipe féminine de l’Association Sportive des Cheminots de Mohon. L’alliance de ces deux pratiquants de balles rondes a porté ses fruits car Frédéric possède depuis six mois une petite sœur Ellen.

-Une voiture? Roger Marche sourit, parfait pour qui veut engraisser. Tant que jouerai au ballon, ni voiture, ni vélo, tout à pied ou… par le train.

Charles BILLY

source: LVDR numéro 526 spécial de 1955

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