« On s’endort à Paris et on se réveille avec les sommets enneigés » : dans le train de nuit vers les stations de ski savoyardes

En cet hiver 2025, la Compagnie des Alpes vient d’inaugurer une nouvelle ligne régulière entre Paris et les stations de la vallée de la Tarentaise, en Savoie.

Après dix ans d’absence, c’est le grand retour du train de nuit vers les stations de ski en Savoie. L’offre appelée « Travelski Night Express » est pour l’instant réservée aux Parisiens, avec un départ le vendredi à 22h52 depuis la gare de Lyon (XIIe). L’arrivée au pied des montagnes se fait le samedi au petit matin, vers 8h30.

« C’est magique ! On s’endort à Paris et on se réveille avec les sommets enneigés », s’enthousiasme Tracy avec un accent très british, alors qu’elle prend son petit-déjeuner dans la voiture-restaurant avec son mari et ses deux filles. Pour ces Britanniques vivant dans la capitale, le train-couchette est une grande première. « Il va falloir qu’on s’habitue car on ne dort pas super bien. Le train n’est pas tout jeune et bouge pas mal, le chauffage était trop fort. Ce n’est pas le luxe de l’Orient Express », nuance Erik, le mari, avec de petits yeux.

Dans les voitures-lits, le reste des passagers est réveillé par le chef de bord qui vient toquer aux portes, alors que le train s’approche des premières gares de la vallée de la Tarentaise, réputée pour accueillir parmi les plus importantes stations de ski au monde comme Courchevel, Les Arcs ou encore Val-d’Isère. Une douzaine d’entre elles est desservie par ce train de nuit.

Pas de bouchons, moins de pollution

Jean-Christophe et Elisabette entrouvrent les rideaux et font attention à ne pas tomber de leur couchette, alors qu’ils ont encore l’esprit embrumé par le sommeil. « Nous, on a très bien dormi ! Le train nous a bercés », assure le couple de cinquantenaires qui va passer une semaine à La Plagne. Juste à côté, Fanny et Julien, 24 ans, savourent l’arrivée sans stress. « On fait normalement 13 heures de voiture depuis le Pas-de-Calais, avec les bouchons. Là on arrive reposés pour profiter au maximum des pistes. L’expérience est donc réussie ! », concluent-ils, en rappelant le geste écologique. D’autres passagers, plus âgés, évoquent des souvenirs de jeunesse et de service militaire en retrouvant le train de nuit.

Ici Julien et Fanny, 24 ans, venus du Pas de Calais.

Dans les autres compartiments où les couchettes sont en train d’être repliées, les clients plébiscitent tous la formule, même si elle revient plus cher qu’une voiture bien remplie selon Didier, venu avec sa femme et ses quatre enfants. « Pour un compartiment de 6 places, on a payé 720 euros l’aller-retour alors que ça nous coûte environ 350 euros en voiture en comptant le péage et l’essence », précise-t-il.

La couchette individuelle revient, elle, à 160 euros l’aller-retour. L’achat du billet ne se fait pas sur le site de la SNCF – qui boude encore la formule – mais sur Travelski.com, une filiale de la Compagnie des Alpes (gestionnaire de nombreuses stations) qui affrète spécialement une rame de l’entreprise française Pegasus Trains (le coût n’a pas été communiqué). Un aller-retour est prévu chaque week-end de la saison hivernale entre Paris et Bourg-Saint-Maurice, soit 14 rotations au total.

« L’objectif est de participer à la décarbonation des transports dans les Alpes », ambitionne Nicolas Delord, directeur général de Travelski. L’enjeu est en effet de taille, car plus de la moitié des gaz à effet de serre émis par les sports d’hiver provient du transport (contre 3 % pour les remontées et le damage). Le train permet de diviser par 10 les émissions de CO2 par rapport à la voiture. « L’autre avantage du train de nuit, c’est qu’on gagne deux jours sur la semaine de vacances, car on profite des deux samedis habituellement dédiés au déplacement (retour le samedi suivant à 21h33 de Bourg-Saint-Maurice, avec arrivée à 6h40 le dimanche à Paris) », ajoute Nicolas Delord.

Pour ses deux premiers week-ends de fonctionnement, cette ligne de nuit était loin d’être complète, avec 200 passagers pour 660 couchettes. Le chiffre devrait s’améliorer d’ici les vacances de février, le temps que de reconstruire la notoriété du train-couchette espère la Compagnie des Alpes.

Par Thomas Pueyo

source : http://www.leparisien.fr

Laisser un commentaire