
Au moment où la locomotive s’ébroue, un souffle chaud envahit le quai, suivi d’un panache blanc qui s’élève lentement au-dessus des toitures du parc, les visiteurs se retournent, smartphones en main, d’autres, plus avertis, se bouchent les oreilles juste avant que la soupape ne libère un sifflement digne des lignes industrielles d’autrefois.

À Pairi Daiza, le train à vapeur n’est pas une attraction : C’est un véritable personnage du parc, un géant d’acier qui raconte, à chaque voyage, un morceau d’histoire, un héritage industriel ramené à la vie.
Qu’on se le dise : Peu d’endroits en Europe disposent encore d’un réseau de voie étroite de 600 mm à ce niveau d’authenticité.
Et pourtant, au cœur du parc, ces trains semblent n’avoir jamais cessé de tourner, tout commence modestement en 2003, lorsque Pairi Daiza encore un parc ornithologique inaugure le Pinnawala Express, un petit train diesel camouflé en locomotive à vapeur, simple promenade circulaire pour les visiteurs.

Mais derrière les coulisses, une autre idée germe : faire revivre un véritable chemin de fer industriel, avec de vraies locomotives à vapeur, pas un décor, mais une résurrection.
En 2015, le parc franchit le pas et lance officiellement le Pairi Daiza Steam Railway.

Une révolution interne : Finies les illusions, place aux pistons, au charbon, aux chaudières et à l’odeur bien réelle de métal chauffé.
La première star s’appelle LAS Ty 3297, construite en 1954 en Pologne, elle est rapidement rejointe par une « Brigadelok », locomotive militaire de 1917, dont la silhouette trapue rappelle les trains de campagne de la Première Guerre mondiale.

Un atelier où les mécaniciens, diplômés et passionnés, manipulent les outils lourds comme dans les films d’époque, rien ici n’est automatisé ni dissimulé : La vapeur se gagne à bras, au rythme des pelletées de charbon et du savoir-faire humain.
Le voyage de 2,5 kilomètres ne se contente pas d’offrir une vue privilégiée sur les pandas ou les rhinocéros.

Il raconte la philosophie du parc : immersion, émotion, authenticité, le train serpente autour des lagunes, s’aventure dans des zones invisibles depuis les sentiers, traverse des mondes contrastés où temples asiatiques, forêts africaines et jardins zen se succèdent. Pour les voyageurs, c’est un moment de répit ; pour les amateurs, un musée roulant ; pour les enfants, une initiation à une technologie en voie de disparition.
Le parc organise chaque année des journées spéciales autour de ses locomotives, révélant les coulisses, les ateliers, les mécanismes internes. L’objectif n’est pas seulement de montrer : Il s’agit de transmettre.
L’un des plus beaux réseaux à vapeur de Belgique n’est pas directement relié au réseau SNCB, cela pourrait changer: Un vaste projet prévoit l’amélioration de la gare de Cambron-Casteau, qui deviendra l’un des principaux points d’accès au parc.
Objectif : réduire l’usage de la voiture et transformer le train en porte d’entrée naturelle de Pairi Daiza.
Un réseau historique pour rejoindre un réseau moderne : Le symbole serait parfait, un parc animalier, certes, mais aussi un sanctuaire de patrimoine vivant, dans le tumulte d’un parc qui accueille plus de deux millions de visiteurs par an, le chemin de fer joue un rôle inattendu, il ralentit le temps.

À chaque départ, les passagers montent dans un wagon qui semble surgir d’une photographie sépia, à chaque arrivée, ils redescendent dans un parc du XXIᵉ siècle, entre les deux, Pairi Daiza réussit une prouesse rare : Faire dialoguer mémoire industrielle et émerveillement contemporain.
D. MARINO – http://www.sncfpassionqm.fr
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