Vols, sabotages, la mobilisation générale

L’incendie volontaire qui a perturbé le réseau, fin octobre, soulève une fois de plus la question de la protection des installations ferroviaires. SNCF Réseau multiplie les parades.

L’arrêt du trafic ferroviaire, dans le Sud, fin octobre, attribué à un incendie volontaire et à un vol de câble, a une nouvelle fois rappelé les points de fragilité du réseau ferré français en matière de sûreté. Depuis quelques années déjà, et en perspective des JO de Paris 2024, SNCF Réseau avait pourtant remis plat sa politique vis-à-vis de tous les incidents qui peuvent perturber l’exploitation et entraîner du retard. Leurs causes internes et externes sont recueillies, analysées et tracées dans un rapport de sécurité annuel que La Vie du Rail a consulté. La protection contre les incendies et les actes de malveillance, qui représentent la majorité des causes externes, ont bénéficié ces dernières années d’investissements en progression, notamment dans la perspective des JO de Paris 2024. Mais la culture sûreté au sein du groupe, doit encore être améliorée.

La protection contre les incendies et les actes de malveillance, qui représentent la majorité des causes externes, bénéficie d’investissements en progression.

Dans sa démarche sécurité, le gestionnaire a décidé de prêter une attention toute particulière aux événements pour lesquels aucune barrière évitant l’accident n’a fonctionné. Depuis 2023, il a ainsi mis en place un nouvel indicateur d’incidentologie pour les faits particulièrement graves ayant un fort impact sur la régularité des trains. Cette année-là, il en dénombre 332. La majorité pour origine des pro- blèmes de maintenance, de conception, de gestion de la circulation. 42 % sont liées à des causes externes: phénomènes météorologiques et actes de malveillance. Ces 137 incidents, dont 36 incendies, représentent un nombre sensiblement identique par rapport à 2022.

Une meilleure culture

En 2024, les incendies sont en nette diminution. SNCF Réseau l’explique par une forte progression de la culture incendie, de l’expertise des agents, mais aussi de l’adoption de nouvelles actions sur les freins serres des matériels roulants d’entreprises ferroviaires à Torigine de nombreux incidents. En revanche, l’année des JO sera marquée par une nouvelle augmentation des actes de malveillance, avec des conséquences importantes sur les installations techniques et les circulations ferroviaires.

On retrouve dans ces tristes statistiques la conséquence des actes de sabotage coordonnés sur LGV le 26 juillet. Dans la perspective de Paris 2024, SNCF Réseau a pourtant redoublé d’efforts. Le groupe a consacré 150 millions d’euros à l’amélioration de la sécurité sur le réseau ferré national, un chiffre en hausse de 12 % par rapport à 2023, et le plus gros investissement depuis dix ans. Entre 2018 et 2023, le niveau moyen s’établissait en effet 133 milions d’euros. Ce budget vise en particulier une meilleure protection des sites les plus exposés des 47000 km de voies dont 28000 qualifiés de vulnérables: sous-stations d’alimentation électrique de traction, centres d’exploitation, postes d’aiguillage, triages, câbles.

Dans le rapport, deux actions sont particulièrement mises en avant: le déploiement d’alarmes mobiles et la pose de clôtures. Mais pour obtenir une protection du réseau ferré adaptée au monde d’aujourd’hui , objectif affiché par SNCF Réseau, deux points sont indispensables: un recensement précis des faits de malveillance, ce qui nécessite la mobilisation des agents de l’entreprise. Leur implication est déterminante… Mais encore insuffisante selon la direction.

Son constat se fonde sur le nombre de signalements réalisés par des agents, invités à faire remonter les informations sûreté dans une base de données baptisée CEZAR. Or, ces signalements ne représentaient l’an dernier que 40 % des incidents recensés. L’objectif de 45 % n’est pas atteint. Ce résultat reste stable au fil des années. Renforcer la culture sûreté reste donc une priorité, souligne le rapport 2024. I1 préconise aussi que les projets d’investissements ferroviaires intègrent systématiquement la culture sûreté. En attendant, l’impact des actes de malveillance sur l’exploitation ferroviaire en minutes perdues reste autour de 740000 minutes par an, sans nette amélioration.

Nouvelle procédure

Une autre menace est prise très au sérieux: la sécurité de l’information. Le cyber est devenu chez SNCF Réseau un enjeu présenté comme stratégique et régalien .

Ces dernières années, le groupe a mis en place une nouvelle procédure de gouvernance par les risques. Elle a débuté par un inventaire des actifs du patrimoine informationnel SNCF Réseau, des menaces auxquelles ils peuvent être soumis et passe par la sensibilisation des responsables. A fin 2023, 77 % des agents du groupe avaient été sensibilisés au sujet. Le taux monte à 85 %% l’année suivante, tandis que la construction d’un data center homologué s’est terminée en mai, cette anticipation na pas été vaine.

En effet, SNCF Réseau a subit dès le mois de juin 2024, un fort accroissement de la pression malveillante sur ses systèmes, avec un pic de l’ordre de 20 à 30 fois 1a pression normale pendant les Jeux Olympiques. Le nombre d’attaques subies a explosé, sollicitant des équipes pour tant doublées pour la circonstance. Il a fallu attendre le mois de décembre pour constater une baisse significative des attaques.

Pour 2025, la feuille de route du gestionnaire comporte une étape plus pragmatique: la poursuite d’efforts sur l’utilisation de l’alerte radio. A la fin 2024, sept établissements étaient dotés de la possibilité d’émettre des alertes radio (Île-de-France, Hauts-de-France, Rhône-Alpes et Bretagne-Pays- de-la-Loire sur sa partie Pays-de-Loire).

Les projets d’extension auprès de nouveaux établissements continuent mais surtout, de nouveaux types d’incidents pourront faire l’objet de ce type dalerte, via un signal sonore envoyé à tous les trains du secteur.

Sylvie ANDREAU

Source : LVDR du 14/11/25

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