CINÉMA: « Attention au départ ! », le train de la comédie déraille mais la SNCF reste sur les rails

Le film en résumé

Réalisé par Benjamin Euvrard et sorti en 2021, « Attention au départ ! » est une comédie française dans laquelle deux adultes, Jérôme Commandeur dans le rôle de Benjamin (le père débordé) et André Dussollier dans celui d’Antoine (le grand-père fantasque) se retrouvent à devoir accompagner, en train, un groupe d’enfants en vacances.

Mais l’impensable arrive : au moment du départ, Benjamin et Antoine se trompent de train. Pendant qu’ils se lancent dans une course effrénée pour rattraper celui que les enfants ont pris, ceux-ci, livrés à eux-mêmes, créent un chaos digne d’un road-movie ferroviaire.

Le ton est familial, loufoque, un peu bancal selon les critiques : « un père pas très dégourdi et un grand-père farfelu » ratent leur mission, et l’humour joue beaucoup sur l’erreur, le retard, l’absurde.

Le rôle de la SNCF et l’enjeu de l’image ferroviaire

L’un des aspects les plus intéressants de ce film est sa relation avec la SNCF : l’entreprise ferroviaire a non seulement été approchée pour fournir un soutien technique (gares, trains, matériel…), mais elle a aussi manifesté des réticences quant à la façon dont elle serait représentée.

D’après un article, quand le scénario a été proposé à la SNCF, celle-ci a exigé que celui-ci ne soit pas modifié pour risquer de donner une image négative du personnel ferroviaire (par exemple des contrôleurs ridiculisés) : « Le responsable du pôle cinéma voulait être assuré que le script ne serait pas remanié ».

Finalement, l’accord a été trouvé : la SNCF est associée au tournage, avec accès aux infrastructures, et l’équipe tourne sur la ligne Paris-Clermont-Ferrand notamment : 21 jours de tournage dans des gares et sur cette ligne.

Pourquoi cette collaboration et pourquoi cette « peur » de la SNCF ?

Plusieurs raisons : Le film utilise massivement l’univers ferroviaire : gares, quais, trains en mouvement. Pour cela, il est indispensable de coopérer avec la SNCF. Sans son aide, d’après le réalisateur, « nous n’aurions eu ni train, ni quai ».

Mais pour la SNCF, l’enjeu est celui de l’image publique : Un film qui montre un train partant sans les adultes, des enfants à bord, un chaos organisé… Cela peut entraîner des perceptions négatives, des critiques sur la sécurité, la surveillance, l’organisation ferroviaire. D’où la vigilance.

Le contexte : Le film sort en 2021, en pleine période de questionnements autour du transport ferroviaire, des retards, des réformes. La collaboration apparaît donc comme un pari d’image pour la SNCF.

Le film interroge la perte de contrôle : Des adultes qui pensent accompagner, surveiller, mais qui sont dépassés. Le train, métaphore du temps qui passe, les distances qui se creusent.

Il met en scène le voyage : Non pas simplement comme déplacement, mais comme aventure, errance, improvisation. Le décor ferroviaire est un terrain d’imprévu.

Il pose un regard (même léger) sur les infrastructures, les grands espaces de transit, les responsabilités partagées. En ce sens, la présence de la SNCF et la mise en situation ferroviaire acquièrent un relief supplémentaire.

Le film a donné lieu à un remake espagnol (¡A todo tren! Destino Asturias) qui adapte le concept à l’Espagne.

Pour la SNCF, l’opération est révélatrice d’une stratégie de communication : accepter de s’exposer dans un film grand public, tout en encadrant l’image. Cela montre une ouverture mais aussi la prudence d’une grande institution face à sa représentation médiatique.

En conclusion

« Attention au départ ! » pourrait être perçu comme un simple divertissement familial, certes un peu maladroit, mais il possède une dimension plus inattendue : celle d’un film qui mobilise l’univers ferroviaire, la coopération d’une grande entreprise publique, et une réflexion, indirecte, sur le voyage, la responsabilité, et le chaos lorsqu’on perd le contrôle du départ.

Pour la SNCF, l’aventure est double : faire partie de la fiction, mais aussi veiller à ce que cette fiction ne dérape pas. Le train est ici à la fois décor, enjeu et symbole et c’est ce qui donne à ce film une épaisseur que l’on ne soupçonnait pas au premier abord.

D. MARINO

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